» (…) Socrate – Ainsi, il y a trois sortes de lits; l’une qui existe dans la nature des choses, et dont nous pouvons dire, je pense, que Dieu est l’auteur – autrement qui serait-ce ?…
Glaucon – Personne d’autre, à mon avis.
– Une seconde est celle du menuisier.
– Oui.
– Et une troisième, celle du peintre, n’est-ce pas ?
– Soit.
– Ainsi, peintre, menuisier, Dieu, ils sont trois qui président à la façon de ces trois espèces de lits.
– Oui, trois. […]
– Dieu sachant cela, je pense, et voulant être réellement le créateur d’un lit réel, et non le fabricant particulier d’un lit particulier, a créé ce lit unique par nature.
– Il me semble.
– Veux-tu donc que nous donnions à Dieu le nom de créateur naturel de cet objet, ou quelque autre nom semblable ?
– Ce sera juste, dit-il, puisqu’il a créé la nature de cet objet et de toutes les autres choses.
– Et le menuisier ? Nous l’appellerons l’ouvrier du lit n’est-ce pas ?
– Oui.
– Et le peintre, le nommerons-nous l’ouvrier et le créateur de cet objet ?
– Nullement.
– Qu’est-il donc, dis-moi, par rapport au lit ?
– Il me semble que le nom qui lui conviendrait le mieux est celui d’imitateur de ce dont les deux autres sont les ouvriers.
– Soit. Tu appelles donc imitateur l’auteur d’une production éloignée de la nature de trois degrés.
– Parfaitement. […]
– L’art d’imiter est donc bien éloigné du vrai ; et la raison pour laquelle il fait tant de choses, c’est qu’il ne prend qu’une petite partie de chacune ; encore ce qu’il en prend n’est-il qu’un fantôme. […] mais cela ne l’empêchera pas, s’il est bon peintre, de faire illusion aux enfants et aux ignorants […] de sorte qu’ils prendront l’imitation pour la vérité.
– Assurément. (…) »
PLATON – LΑ REPUBLIQUE : LIVRE X
Traduction Robert BACCOU

















